Le jour où on m’a appelée Madame

Coucou tout le monde! Aujourd’hui je vais vous raconter le jour où tout a basculé. La soirée commençait bien, j’étais de sortie avec les copines, on avait fait péter les tenues sexy bitch (enfin un jean et un décolleté quoi parce qu’il faisait froid et je suis frileuse vous comprenez). On était au taquet, on était posées Au Puits Sait Tout (un bar près de la Place Plumereau à Tours). On buvait du rosééé (à consommer avec modération bien sûr), on reluquait les mecs, on se moquait (gentiment évidemment) des pouffes filles qui passaient devant nous bref des gamines de 18 ans. Sauf qu’on en avait 26 et que normalement à 23 heures on est en pyjama et chaussettes pilou pilou. Mais cette fois-ci, à 2 heures du mat’ à la fermeture des bars, après quelques verres on était en forme. Allez les meufs, on se motive et on se fait une soirée à l’ancienne.
Oui il n’y pas si longtemps, on était les reines du dancefloor de l’Excalibur, l’Exca pour les tourangeaux. C’est la boîte de nuit hype du centre ville: comprendre the place to be mais dans une cave minuscule où on danse tous agglutinés. A cette époque on pouvait encore fumer à l’intérieur (oui je suis vieille, c’est le point de cet article), je ne fume pas mais le weekend je devais avoir les poumons d’un mec qui descend 2 paquets par jour. Les cheveux qui sentent le cendrier froid, les fringues bonnes à brûler, pour les moins jeunes d’entre vous ça vous parle sûrement. Bref on était là tous les vendredi (jeudi pour les cops qui étaient à la fac et qui n’en foutaient pas une ^^) et les samedi soir, on appelait le DJ par son prénom (salut Etienne!) et on avait le grand privilège de ne pas déposer nos manteaux au vestiaire. Que nenni, on les mettait à côté des platines du DJ, à qui on tapait la bise bien sûr en mode ouais t’as vu on connaît le DJ. On économisait 1€ en plus, la bonne affaire! 
Ahhhh qu’est-ce qu’on en a passé de bonnes soirées là-bas. On dansait comme des oufs chaudasses, on s’en foutait on ne portait pas de talons donc pas mal aux pieds. On discutait avec tout le monde sans complexe et sans alcool dans le sang à l’époque. Ouais on tournait au coca (et le pire c’est que c’est vrai). Bon on a aussi passé de mauvaises soirées. En fait, on était à fond sur un groupe de mecs plus vieux que nous, trop beauuuux et plus viiiiieux. Ils venaient très souvent aussi, du coup pour ne pas les louper on venait tous les weekends. Mais eux, pas forcément. Donc on a passé des soirées dépitées, assises sur nos tabourets hauts avec nos verres vides. Mais la tenacité à payer puisque dans ce groupe, y’a le père de mon bébé quand même, comme quoi oui on peut rencontrer des mecs biens en boîte. Mais passons, ce n’est pas le sujet du jour.
Après plusieurs années à ce régime, on a commencé à se caser, à finir les études, à trouver un job, à partir à l’étranger bref à devenir adulte. Mais de temps en temps on kiffe se faire un revival. On se prépare chez l’une avec la musique à donf, on grignotte un mcdo qui nous donne mal au bide et on file dans notre bar pour boire des godets et rigoler et (comment ça je vous ai déjà raconté ça?).
Ce soir là, on va donc direction l’Exca pour claquer la bise à Etienne (le DJ si vous suivez) et se la raconter comme avant. Arrivées dans la rue, on essaie de fendre la foule de jeunots arrachés qui claquent les sous de papa maman dans des bouteilles de péteux à 70€ (quoi ça fait vieille conne quand je dis ça? Sûrement mais c’est la triste réalité). On atteint enfin l’entrée, ma copine Céline avec son culot légendaire sort son « Hey salut Brahim, ça va? » en lui tapant la bise (c’est le videur) alors qu’on a pas mis les pieds ici depuis des mois. Mais ça marche, il nous dit qu’on va pouvoir rentrer dans quelques instants, y’a du monde dans les escaliers faut attendre (gratos of course, c’est un principe de vie, on ne paie pas pour rentrer en boîte sinon demi-tour mais avec Céline ça fonctionne toujours).
Ouais vivement qu’on descende parce qu’une jeunette alcoolisée me pousse aves ses coudes aiguisés et j’ai bien envie de lui dire poliment ma façon de penser. Et c’est à ce moment là qu’elle décide de me marcher dessus avec ses talons de 12. Non mais déjà comment elle fait pour marcher dans les pavés avec des talons hein? Après avoir dit un gros mot que je ne peux pas dire ici, je commence à lui dire ma façon de penser. Et là, 1er DRAME…Elle me dit:
Oui bah ça va hein, MADAME.
Quoi?  Elle m’a pas appelé Madame quand même? Mais elle croit que j’ai quel âge? Pas le temps de rétorquer, c’est à nous d’entrer. Direction le bar, vite il me faut un verre. Trop de monde, trop de jeunettes en mini jupes, trop de petits mecs en polo col relevé qui cherchent la baston. Viens le moment fatidique où je dois aller aux WC. Je fais la queue avec ma cops Céline et on disserte sur notre bonne vieille boîte que l’on ne reconnaît plus. Et là, 2ème DRAME…
Une jeunette (je me demande si c’est pas la même que pour le MADAME mais ma mémoire de vieille me fait défaut) nous pose la question ultime, en toute innocence.
Mais pourquoi vous venez là? POUR VOTRE AGE, c’est au Pym’s qui faut aller, c’est plus adapté.
On l’a regardé, on s’est regardées et on a pas pleuré, qu’est-ce que je suis fière de nous. Oui parce que le PYM’S y’a (comme le bon vieux slogan le dit) 2 salles, 2 ambiances. Une pour les jeunes et une…pour les quadras. Et vous l’aurez compris, la jeunette pensait que notre place était dans la 2ème salle, bah oui y’aurait des gens de notre âge là-bas.
Sauf qu’on en avait 26.
Voilà, c’était le jour où l’on m’a appelée Madame.
PS: je le raconte sur un ton drama-ironique mais ça me fait surtout marrer, on y passe toutes hein ^^
 

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